Okarito
Lundi 18 janvier
Cedar cottage...


On
reprend la route vers 10h, après une dernière petite
marche sur le track découvert la veille, pour Okarito, notre
prochaine étape
à environ 200 kilomètres, un petit village au bord d'une
lagune toujours en bordure de mer Tasman. C'est un nouveau bout du
monde. On a choisi cet étape pour être à la fois
peinard dans un lieu désert en bord de mer et aussi pour
être à seulement 30 minutes de route des glaciers Fox et
Franz Josef. On s'arrête à Hokitika, la ville du jade,
chacun, petit ou grand repart avec son trésor en pierre verte
sous forme de bague ou de pendentif. Une fougère pour Manu, un
pendentif pour Oona, un tiki pour Eloi, un kiwi pour Louise, un anneau
pour François et une pierre taillée pour moi. Les courses
pour deux jours dans le coffre, on reprend la route, ce soir on dort au
Cedar Cottage, une jolie maison en bois de cèdre sur piloti
à deux pas de la lagune et du bord de mer (adresse e-mail du propriétaire : rbmclennan@xtra.co.nz. On arrive vers 17h,
et comme prévu, le gîte est prêt et comme d'hab, il
est chaleureux, la clé nous attend suspendu derrière une
poutre dans l'abri pour le bois de chauffage. Un petit cadeau de
bienvenu en laine locale et un poèle à bois rempli,
prêt à être allumé... Il fait à peine
frais, plutôt beau temps et on attendra la fraicheur du soir
d'été pour se l'allumer, ça fait maintenant deux
ans qu'on a pas connu l'exotisme d'une soirée au coin du feu...
Kiwitour...
A
deux pas de notre joli cottage, Ian, un anglais s'est installé
depuis 12 ans et c'est le spécialiste local des kiwis. Il
propose des ballades de nuit sur la trace des kiwis, avec 85% de chance
de voir l'animal en question... Nous réservons la sortie du jour
mais les enfants, à regret, ne seront pas de la partie, Ian ne
le souhaite pas et nous comprendrons pourquoi plus tard... Manu restera
au coin du feu devant un dvd et les enfants vont se coucher tôt.
Voir des kiwis demande de la patience, de la patience et encore de la
patience, et tout ça dans le silence le plus total, dans la
fraîcheur de la nuit, au milieu d'un nuage de moustique (une nuit
à Faioa pour les connaisseurs de Wallis, c'est pas pire...) et
parfois assis par terre sans bouger pendant de longues, longues
minutes... Manu a bien fait aussi de se dévouer à faire
la baby-sitter. Ian nous accueille à 19h30 dans son garage
transformé en observatoire du kiwi (cartes, photo,
matériel...). On attend les deux suisses qui font partie de la
fête et Ian commence à jouer son rôle, avec des
côtés Benoît Poelvoorde dans les randonneurs, il
nous explique qu'il "need a team, a team, a real team" et qu'observer
des kiwis demande des efforts, et pour l'instant, moi, je crois
toujours au grand bluff de l'attrappe nigaud de touriste... On part
tous pourvu de laines polaires (pas de coupe-vent, trop bruyant...), de
lampes (dont certaines à lumière rouge), de gants et de
chapeaux à moustiquaire... Ian, lui, se charge d'une antenne
dépliable et d'une paire d'écouteurs... Je n'y crois
toujours pas et encore moins...


Nous
partons en van jusqu'au milieu du bush humide puis à pied sur un
territoire de plusieurs kilomètres carré où se
trouveraient trois couples de kiwis (les kiwis forment des couples
fidèles et vivent jusqu'à 40 ans) avec chacun leur
territoire... Autant chercher une aiguille dans... Ian nous dit qu'ils
sont dotés d'émetteurs... Premier arrêt, nous
sommes paraît-il à 15 mètres d'un kiwi nous affirme
Ian l'antenne en main et les écouteurs sur l'oreille...
Deuxième arrêt : Ian nous fait voir, puis sentir un
minuscule caca de kiwi, l'odeur est unique, dit-il, ammoniaquée,
puis il remet en place avec précaution le précieux
indice... Je me marre intérieurement... Troisième
arrêt : il répartit sa "team", lui d'un côté
avec son antenne, François de l'autre avec sa lampe rouge et
nous quatre, Oona, les deux suisses, et moi, au milieu assis par terre.
On attend, une, deux, dix, vingt minutes, les moustiques, pas un, pas
deux, pas vingt mais des centaines, vrombissent autour de nous et nous
cachons la moindre parcelle de peau, je commence à comprendre
les gants et la moustiquaire... Je me marre un peu moins... Puis d'un
seul coup vers 21h30, tout s'agite, des bruits furtifs, puis plus
précis, puis François qui nous fait signe, c'est
prêt de lui... Pour moi, c'est un pote de Ian qui s'est
planqué et qui fait bouger les feuilles... Mais d'un seul coup,
à 5 mètres de nous, des cris bien particuliers, c'est
Fancy, un mâle. On reconnaît les cris que Ian nous avait
fait entendre dans son garage avant le départ sur son lecteur
dvd. Je me marre déjà moins. Puis on avance, et tout
s'enchaîne, on voit à quelques mètres de
nous, un autre mâle, BZ, qui inspecte son nid, puis sa femelle,
BQ, puis leur rencontre et leur "discussion" faite de bruits de
baisers... C'est magique, et là, je prend vraiment Ian au
sérieux, c'est vraiment un spécialiste, acharné,
méticuleux, qui connaît vraiment son sujet... On rentre
vers 22h30, crevés mais enchantés par ces moments
uniques. Peu de gens, même peu de néo-zélandais,
ont eu la chance de voir en vrai, dans leur milieu pas dans un zoo,
évoluer ces oiseaux rares et en voie de disparition. On a pas de
photos, c'est interdit (20000 dollars d'amende... le risque est grand
de désorienter fatalement l'animal...), mais des souvenirs
pleins la tête, on prendra juste demain le tableau que Ian met
à jour sur les rencontres de la veille... On a
mérité notre bière digestive avant d'aller se
coucher...

Mardi 19 janvier
Hélicoptère...
François
et Oona se lève tôt et partent en kayak sur la lagune
d'Okarito entre plage et bush. A leur retour, on part vers Franz-Josef
Glacier à quelques kilomètres de là. Le temps est
plutôt dégagé, on devrait pouvoir en profiter. On
voit le ballet des hélicos qui dépose au fur et à
mesure les touristes en haut du glacier pour quelques minutes et on se
dit qu'après tout... François et Oona ne se sente pas
trop de monter dans cette appareil bizarre dont le vol n'a rien de
naturel et qui en cas de panne de rotor devrait avoir à peu
près le même comportement qu'un cailloux... On insiste,
c'est bientôt l'anniversaire d'Oona, c'est un cadeau original...
Rien n'y fera... Ce qui est incroyable, c'est que Manu accepte
l'aventure pour m'accompagner avec Louise et Eloi, elle qui a la
trouille dès qu'il est question de monter dans un avion... On
part à 13h30, et c'est dingue, le survol des crevasses à
basse altitude, la dépose en haut du glacier pour fouler la
neige éternelle, le retour en slalomant entre paroi et glacier,
superbe !! (merci du conseil à Pablo). François et Oona
sont partis par les chemins jusqu'au pied du glacier, on les retrouve
à leur descente pour un pique-nique au cul de la voiture et on
revient vers notre havre de paix et de quiétude à Okarito
loin des touristes et prêt de la plage de sable gris presque
déserte où les enfants finissent l'après-midi
occupés par la construction d'un cabane en bois flotté et
en galets... Puis, on rentre tous au chaud pour refaire le monde autour
d'une bière, puis d'un verre de vin, puis d'un verre de
Laphroaig...
